Axe 1 – cultures au pluriel

Tout en s’appuyant sur les traditions de recherche existantes et en s’efforçant d’intégrer les acquis théoriques les plus récents, y compris à l’étranger, l’axe « Cultures au pluriel » de l’ARC 5 développe une synergie de projets issus de différentes équipes et dans différentes disciplines au sein de la Région Rhône-Alpes, comme cela avait été le cas dans le cadre du cluster 13 « Culture, patrimoine et création » (2006-2010).


Thèmes :


 

En résumé, « Cultures au pluriel » se caractérise par :  une attention portée à l’analyse de la pluralité des pratiques et des discours qui sont multiples dans les lettres et les sciences humaines (LSHS) en particulier ; la revendication d’une variété méthodologique (aucune approche disciplinaire ne sera a priori privilégiée) ; un effet structurant (l’un des objectifs étant de permettre d’attirer les chercheurs LSHS des établissements rhône-alpins et des divers lieux de culture scientifique vers des réalisations communes dans les domaines concernés) mais aussi les acteurs de la société civile dans le cadre d’actions en partenariat avec les institutions culturelles représentatives de la région.

« Cultures au pluriel » se propose ainsi d’aider à la fédération des équipes de laboratoires universitaires LSHS concernés par les problématiques relevant des mots-clés pré-établis de l’axe, en participation avec des responsables culturels extérieurs à ces laboratoires ; à la prise en main des outils et réflexions menés par les institutions culturelles par les chercheurs, en particulier grâce à l’animation d’un séminaire annuel le plus transversal possible, et à des journées doctorales régionalisées.

De nombreuses questions culturelles qui sont aujourd’hui au cœur de débats de société, à commencer par les controverses actuelles autour de la notion de culture « au pluriel », ne l’ont pas toujours été, d’où une nécessaire interrogation historique, voire historienne. Les outils et les méthodes fournis par l’histoire, la philosophie et la sociologie, mais aussi par l’histoire des arts et des littératures, par les études sur l’imaginaire et par les sciences de l’éducation et de la communication retiendront toute l’attention.

« Cultures au pluriel » cherchera en outre à favoriser la construction et la coordination de parcours de formation universitaire dans les diverses disciplines des Lettres et des Sciences Humaines et Sociales et à répondre à la demande croissante des enseignants du secondaire et du supérieur en matière de formation continue, mais aussi des personnels de la recherche et de l’université, qui souhaitent acquérir une formation sur les questions culturelles.


Patrimoines :

Pour l’examen des projets présentés, l’attention sera mise sur la prise en compte du fait que la notion de patrimoine a évolué depuis la vague mémorielle des années 1980 décrivant la multiplicité des objets de mémoire et des actes de mémorisation au sein d’un emboîtement de cadres tout à la fois humains et géographiques, du national au local, et de l’international, voire du planétaire, au régional. Il est nécessaire aujourd’hui de réinterroger les commémorations, musées en tous genres, journées du patrimoine et pratiques variées (patrimoines historique, monumental, industriel, littéraire, culinaire, musical, génétique….).

Le souci d’approcher les manifestations patrimoniales de l’Antiquité à nos jours en prêtant attention aux usages et enjeux de l’espace, à l’organisation de réseaux, aux métissages, aux croisements des identités qui ont enrichi le regard, sera apprécié car permettant de mieux comprendre les phénomènes d’appartenance et d’identification dans leur plasticité, leur porosité, leur mutabilité. La notion de patrimoine ancrée sur des héritages dessinés depuis une origine supposée est à envisager dans son possible glissement en autant de patrimoines qui se construisent, se défont, se recomposent dans le jeu continuel des productions vernaculaires et sociétales.

L’appui des projets sur un dialogue interdisciplinaire et la collaboration entre les laboratoires de recherche et les institutions patrimoniales apparaît comme indispensable. Un intérêt particulier sera porté aux projets menés dans une perspective de recherche appliquée au sein des institutions patrimoniales et d’un rapprochement avec les personnels de ces institutions en vue notamment d’un débat sur la notion de patrimonialisation.

L’ouverture d’enquêtes sur les modalités et évolutions de la mise à disposition des collections patrimoniales est requise, à la fois dans une perspective historique et dans les liens entre ces modalités et évolutions (sous toutes leurs formes : signalement, reproduction…) et celle de la recherche en LSHS. Cela peut inclure en particulier la réflexion sur des corpus qui mettent en jeu des activités fondamentales mais complexes de l’homme, telles que la lecture, la jouissance esthétique, la reconnaissance, la curiosité, l’interprétation, la manipulation, la violence, l’amitié, la solidarité, la définition du genre, la mobilité des individus, la circulation des savoirs.

On sera attentif à la médiation du patrimoine, dans ce qu’elle a de spécifique, comprise dans le sens le plus large du terme, et tout spécialement à l’accompagnement éditorial, scientifique, pédagogique des réservoirs de ressources numériques patrimoniales.

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Création et médiation :

Seront pris en compte des projets qui ressortissent aux champs de l’histoire et de la sociologie de l’art, de la médiation culturelle et de la création contemporaine y compris dans l’analyse des pratiques, une réalisation dans ces domaines ne relevant pas seulement de l’analyse de contenu culturel.

Les dossiers de qualité et dont la rigueur scientifique sera reconnue seront particulièrement bienvenus s’ils se situent à l’interface du domaine de la création (que ce soit dans le champ des arts visuels, des arts numériques, des arts du spectacle, du design, de la musique ou encore de l’écriture…) et d’une réflexion plus théorique.

Dans la société contemporaine, la création revêt des enjeux particulièrement importants dans la mesure où elle permet d’apporter un regard critique sur les mutations profondes qui traversent notre époque ; elle se nourrit en retour des discours critiques que les œuvres (ou leurs modalités de diffusion) génèrent. Seront ainsi appréciés les projets prenant en compte les relations parfois tendues entre la création et la société à l’aune des processus de médiation envisagés sous tous leurs aspects (pratiques professionnelles, conception de projets culturels, analyses des publics de la culture, pratiques culturelles).

À une époque où les pratiques et les objets, voire les acteurs, voient leurs statuts évoluer parfois radicalement, ce thème entend insister sur l’actualité des enjeux situés à la croisée des processus de création, d’innovation et de médiation, en travaillant à la valorisation des connaissances sur les cultures scientifique, technique, artistique, sociale, économique, idéologique et symbolique.

Une attention particulière sera accordée aux projets suscitant des coopérations entre les universités et des partenaires de la région Rhône-Alpes (musées, institutions à vocation culturelle, conservatoires, écoles d’art…). Des collaborations avec des organismes nationaux et internationaux seront également requises, afin de garantir un rayonnement large aux recherches aidées.

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Interculturalité et pluriculturalité :

Cherchant à échapper aux impasses théoriques liées à des a priori essentialistes, il s’agira de penser le terme de culture de manière dynamique et plurielle, comme le produit tout la fois d’évolutions et d’interactions humaines. Ce qui ne devrait pas pour autant conduire à une dilution de cette notion dans une totalité insaisissable, mais à un intérêt marqué pour des frontières en perpétuelle recomposition, pour des zones de contact dans lesquelles les identités se rencontrent, s’affrontent, se mélangent ou se brouillent, contacts de cultures qui ne se résolvent pas forcément en « dialogue des cultures » selon une formule stéréotypée mais se traduisent par des relations d’altérité entre acteurs (réels ou fictionnalisés). Chaque culture peut ainsi se définir comme un ensemble multiple et ouvert, rendant non seulement légitime, mais bien souvent nécessaire l’usage de notions comme celles de pluriculturalité et d’interculturalité en tension avec celle de multiculturalité pour autant que celle-ci tende à reconnaître des constructions culturelles collectives au sein de communautés de pensée et d’action. Car les cultures n’existent, paradoxalement, que par leur propre capacité à se transformer, à se redéfinir comme des entités diverses. Les projets présentés dans ce cadre devront saisir les enjeux (et l’urgence) d’une réflexion de ce type. La littérature et l’histoire, au sein des sciences humaines et sociales, peuvent ainsi constituer un laboratoire privilégié pour tenter de décrire et de comprendre comment les différentes représentations (textuelles, iconographiques, etc.) culturelles, même aux époques où elles paraissent les plus stables, sont toujours le produit d’un compromis, d’une « négociation » entre plusieurs cultures, quelles que soient par ailleurs les composantes (linguistiques, territoriales, anthropologiques…) que l’on fasse prévaloir.

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Genre et intersectionnalité :

On sait aujourd’hui qu’aucune étude de la production culturelle du passé comme du présent ne peut faire l’économie d’une analyse de genre, permettant d’éclairer les places, rôles et apports des hommes et des femmes, et ce qui se joue dans les représentations du masculin et du féminin. Tout en considérant toujours nécessaires des travaux qui accordent un intérêt particulier aux femmes et à leurs productions en raison de leur longue invisibilisation ou marginalisation dans la culture, on souhaite que les projets présentés s’inscrivent pleinement dans une perspective de genre prenant en compte les deux pôles féminin et masculin, dans leur relation indissociable et asymétrique. Dans une perspective d’ « intersectionnalité », il est aussi souhaitable qu’ils s’efforcent de penser ensemble la relation de genre avec d’autres relations sociales, et la construction des identités masculine et féminine avec celle d’autres catégories identitaires.

Au-delà de ces questions déjà bien ancrées dans une tradition de recherche rhône-alpine, on souhaiterait voir des travaux porter sur le couple culture/nature. La nature, dans les débats sur les femmes et les rapports entre les sexes, a longtemps été instrumentalisée dans des arguments d’autorité visant à justifier la soumission, et a pour cette raison suscité méfiance et rejet. Les bouleversements scientifiques, techniques, médicaux, environnementaux contemporains imposent de reconsidérer l’idée de nature, comme son traitement culturel et idéologique. Un retour critique sur la relation nature/culture – dont on sait qu’elle est historiquement et culturellement variable comme telle dans toutes les cultures – ne peut se faire sans intégrer la question du genre, comme il doit aider à saisir la construction et la transformation des définitions et rôles de genre.

Le thème présenté relève également des axes « Sciences et sociétés » et « Cultures numériques » (à travers les projets d’éditions de corpus de textes de femmes posant la question de l’éventuelle spécificité des problèmes posés, de textes sur les rapports de genre, de même qu’on peut penser l’accès à, et l’utilisation du numérique selon cette perspective).

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