Axe 3 -Sciences et techniques :
cultures, pratiques, représentations


Le programme scientifique de l’axe 3 « Sciences et techniques : cultures, pratiques, représentations » de l’ARC 5 se caractérise par :

• un objet (les sciences et les techniques en tant qu’elles sont susceptibles d’interaction avec les sociétés et les cultures, ou, comme on dit parfois, en tant que les unes et les autres se co-construisent),
• la revendication d’un pluralisme méthodologique (aucune approche disciplinaire ne sera a priori privilégiée),
• un effet structurant (l’objectif à long terme est de permettre la structuration d’un centre de recherche rhône-alpin sur les sciences et les techniques).

Les périmètres respectifs des quatre thèmes proposés ont été choisis de manière à ce qu’ils interagissent entre eux. Nous faisons en effet l’hypothèse que la compréhension de la nature de la science, l’analyse de ses imaginaires, l’étude des processus de médiation et de communication, la réflexion sur les pratiques d’enseignement et d’appropriation des savoirs contribuent à la formation de citoyens capables de réflexion et d’action. Les quatre thèmes de l’axe 3 interagissent également avec les autres axes de l’ARC 5.

Par exemple, analyser la culture numérique en termes d’imaginaire ou l’utilisation des TIC dans l’enseignement pourra conduire à des croisements avec l’axe 2 « Cultures numériques » ; étudier les modalités des controverses ou les processus de patrimonialisation, de professionnalisation et de disciplinarisation dans les sciences conduira à des comparaisons avec ce qu’il en est dans les autres domaines de la vie sociale et les autres disciplines représentés dans l’axe « Cultures au pluriel ».

 


 Thèmes :


Construction historique et épistémologique des Sciences & Techniques :

La définition d’une méthode scientifique, l’identification d’une rationalité proprement scientifique ou la démarcation entre science et non-science se sont révélées déboucher sur des apories. Aujourd’hui, l’histoire, la philosophie, la sociologie ou l’anthropologie des sciences et des techniques s’abstiennent de poser ces grandes questions et privilégient les micro-études afin d’éviter les pièges des « grands récits ». La contrepartie de cette circonspection méthodologique est que les spécialistes de ces disciplines ont de moins en moins de terrain en commun. Dès lors, le thème « Construction historique et épistémologique des sciences et des techniques » entend privilégier des questions transversales qui permettent de comprendre la constitution et le fonctionnement des sciences et des techniques sans renoncer à ce que les micro-études ont permis de comprendre. Ces questions transversales peuvent porter sur des objets, des processus, des méthodes et des problèmes scientifiques ; elles peuvent être liées à des approches institutionnelles, sociologiques, culturelles ou politiques. L’essentiel est de rester au plus près des études spécifiques que chaque communauté de chercheurs développe, tout en dégageant des questions transversales susceptibles de permettre des croisements entre communautés. Parmi les questions susceptibles d’assumer cette fonction de transversalité, on mentionnera les suivantes, sans prétendre à l’exhaustivité : les processus de modélisation et de mathématisation, les formes des controverses, les nouvelles modalités de l’expérience et du calcul, les phénomènes de disciplinarisation et de professionnalisation.

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Représentations sociales et culturelles des Sciences & Techniques :

Le deuxième thème mettra l’accent sur la part et la fonction de l’imaginaire et des représentations dans l’élaboration, l’appropriation et la transmission d’une culture scientifique et technique. Deux objets d’étude seront privilégiés :

 

  • les discours, en particulier dans leurs dimensions idéologique et fantasmatique : part de l’imaginaire dans la constitution des discours scientifiques ; usages que le discours économique et politique fait des représentations scientifiques et techniques ; représentations alternatives que proposent les logiques collaboratives ;
  • les créations littéraires et artistiques en tant que, par un usage « déplacé » (l’anticipation, par exemple) ou « détourné » (de la production vers la création : les « machines inutiles ») des technologies, ou encore par leur réflexion sur l’interaction, l’attention, etc., elles créent l’espace d’une réflexion problématique.
  • Parmi les problématiques susceptibles d’être traitées dans le thème « Représentations sociales et culturelles des sciences et des techniques », on en mentionnera deux particulièrement sensibles dans les questionnements contemporains : les rapports du vivant aux technosciences et la réactivation contemporaine d’imaginaires du vivant pour penser les technologies d’une part, l’évolution des représentations du temps, de l’espace et de la société : dématérialisation, « déterritorialisation », logiques collectives.

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Médiation et communication scientifiques et techniques :

La recherche contemporaine dispose d’acquis certains  concernant le champ scientifique dans sa dimension institutionnelle, l’inscription de la science dans le fonctionnement des organisations politiques et économiques,  les modalités de production scientifique dans les laboratoires, les controverses scientifiques, la circulation des faits et des discours scientifiques dans la société, et  les représentations des techniques et de leurs usages. Par ailleurs, les musées de sciences et les centres de culture scientifique ont produit des réflexions et des savoirs d’action sur la médiation scientifique, sur la diffusion des savoirs en contexte de loisirs et d’éducation non formelle et sur l’approche culturelle des sciences. L’enjeu est aujourd’hui de mettre en perspective ces travaux et de développer de nouvelles approches en s’attachant prioritairement aux  formes de circulation, de diffusion, de réception et d’appropriation des sciences, des savoirs et des techniques. Il s’agira également de questionner la notion d’innovation scientifique qui émerge dans le discours des acteurs et dans les stratégies économiques et politiques. Pour cela, dans une démarche interdisciplinaire, le thème « Communication et médiation scientifiques et techniques » se structure autour de deux notions de plus en plus liées, médiation et médiatisation (comprenant modalités d’expressions, constructions des publics, rapports des individus aux institutions, conceptions de dispositifs techniques). Les questions abordées seront par exemple les suivantes : sciences, techniques et communication ; médias (et nouveaux médias), pratiques sociales et organisations ; sciences, techniques et espace public ; expressions artistiques, formes culturelles et pratiques scientifiques ; enjeux contemporains de la culture scientifique et technique.

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Éducation et appropriation des savoirs :

La science est le plus souvent considérée par l’élève et par le citoyen comme distante, peu accessible, inscrutable, la compréhension scientifique du monde étant réservée aux scientifiques qui ont suivi des études longues et laborieuses. On peut attribuer cette représentation d’une part aux programmes d’enseignement scientifique de l’école secondaire, axés sur les méthodes et pratiques du scientifique et sur les savoirs stabilisés, laissant peu de temps à des processus comme le doute, l’erreur, l’énigme, et la rupture de paradigme. D’autre part, on peut regretter que la popularisation des sciences soit inhibée par l’impératif de parler du monde dans un langage très normalisé et précis, inconnu ou peu maîtrisé par son public. Le thème « Éducation et appropriation des savoirs » porte dès lors sur les processus d’appropriation des savoirs sur des durées plus ou moins longues, de manière plus ou moins institutionnelle.

On étudiera les différentes modalités temporelles des dynamiques qui accompagnent l’enseignement, et plus particulièrement :

  • les facteurs en amont de l’enseignement, par exemple l’inscription de la démarche d’investigation dans les programmes officiels de l’enseignement secondaire, ou les propositions d’acteurs issus de l’éducation populaire, généralement basées sur un tissu associatif de proximité ;
  • les différentes modalités mises en œuvre par l’enseignant, les interactions entre le médiateur et l’apprenant, les interactions de groupe, l’utilisation des artefacts ou d’outils dans l’enseignement (y compris TIC), ou les phénomènes interactionnels et linguistiques qui conditionne l’apprentissage. Ce travail devra se faire en partenariat avec les acteurs impliqués, et des cadres de recherche-action peuvent en faire partie ;
  • le devenir de l’objet d’enseignement : comment est-ce que les savoirs en jeu vivent chez l’apprenant dans d’autres lieux en aval de l’acte d’enseignement ou de médiation des sciences ? De quelle façon sont-ils transformés ou réinterprétés, réinvestis dans d’autres situations, articulés avec des savoirs non-scientifiques ? Comment est-ce que ces savoirs quotidiens issus de l’enseignement scientifique se comparent avec le savoir savant à son origine ? Quel est le rôle de l’imaginaire de la science dans les médias artistiques et populaires, chez les pourvoyeurs de pseudosciences comme l’astrologie, dans la représentation et l’appropriation des savoirs scientifiques par le citoyen ?

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